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située au premier étage du local des associations 61 rue Jeanne d'Arc, elle est ouverte:

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Les Amys du Vieil Eu

Mairie de Eu

76260 EU

 

Azur Argent
Gueules Or
Sable Sinople
Rampant Passant
Aigle Léopard

Les Armes de la ville d' Eu.

 

   "Une aigle contournée, c'est à dire regardant à gauche, orne le blason sculpté de la façade de notre Hôtel de ville. Cette aigle se trouve dans la chapelle Jeanne d'Arc de la Collégiale."

   Il est à remarquer que "les papiers municipaux portent un blason différent, un blason chargé d'un léopard tombé en bas de l'écu, probablement par le fait d'un imprimeur qui, pour reproduire ces armes, prit celle de Normandie comportant deux léopards et supprima le léopard du haut". Pourquoi cette aigle et pourquoi ce léopard?

   Aigle: féminin en héraldique

   Lion : représenté de profil (un oeil, une oreille). Il est généralement dressé sur une patte, prêt à ravir, on le dit "rampant". Il se trouve parfois sur trois pattes, marchant, il prend la qualification de "passant" ou "léopardé".

   Léopard: représenté de face, (deux yeux deux oreilles). Il est généralement "passant" (sur trois pattes).

   Argent   : blanc.

   Sable    : noir.

   Gueules : rouge. 

    Les premières armes connues de la ville d'Eu sont sur le sceau de la vieille charte municipale et représente une aigle contournée avec la devise "Sigillum Communionis Augi".

   La ville d'Eu s'armait donc à l'origine d'une aigle, tandis que le Maire choisissait un lion.

   Le sceau du Maire, étant employé de plus en plus souvent, supplanta bientôt celui de la commune et devint en fait celui de la ville d'EU.

   Comme beaucoup de lions héraldiques, comme notamment celui des Plantagenêt, le lion "passant" de notre ville, éprouva de  temps en temps le désir de devenir léopard et même de rester sous cette dernière forme: "J'ai un oeil, je suis un lion; j'ai deux yeux, je suis un léopard".

   Ce lion à métamorphose provoqua une confusion inévitable.

   Au musée de Condé à Chantilly, se trouve une collection de bois gravés pour Louis XIV, où un lion "passant", de gueules, représente les armes Eudoises. L'armorial général de Normandie, d'Ozier, nous attribue les mêmes armes. Par contre, le dictionnaire encyclopédique de l'histoire de France et le Larousse indiquent un léopard. Ce léopard qui, peu avant la révolution, était sur le sceau officiel de notre cité.

   En 1855, la Ville d'Eu acquit les bâtiments actuels de la Mairie et Mr Lecomte, premier magistrat de l'époque, probablement sensible au nouvel élan Bonapartiste, fut très heureux de revenir à l'aigle primitive et de placer sur le fronton de l'Hôtel de Ville cette aigle contournée d'argent, oubliée depuis de nombreux siècles, cette aigle qui pouvait rappeler celle de l'Empire Français et qui, dédaigneusement, regardait l'entrée du château royal. pourtant, le blason où elle figure était encadré par deux angelots, comme les deux anges qui soutiennent toujours l'écu fleurdelisé de la France.

   Mais vinrent bientôt d'autres aigles, sombres et rapaces, les aigles germaniques. Sans hésitation, l'aigle qui, pendant vingt ans, avait dominé tous les actes de notre ville, fut par représailles rejetés dans les ténèbres et notre bon vieux léopard rouge reprit place, en 1873, dans les armes de la ville d'EU. Il y resta sagement jusqu'au jour où, peut-être, enfermé, il éprouva le besoin de descendre dans la partie inférieure de l'écu. Nous sommes habitués à le voir ainsi depuis de nombreuses années. C'est une petite erreur qui demande rectification: c'est peut-être ainsi l'occasion de reprendre simplement les armes qui ont le plus sûrement représenté notre ville et de demander à ce léopard de tourner un tout petit peu la tête pour devenir le lion passant de nos ancêtres. Ce lion pourrait avec raison avoir la préférence, car il est, en héraldique, beaucoup plus rare et c'est lui qui figure sur les premiers sceaux municipaux.

   Enfin, le blason municipal sera rectifié pour devenir "d'argent au lion passant de gueules".

   Ces armes ayant, au cours des siècles, été modifiées, pour ne pas dire mutilées, le lion du sceau d'origine était devenu un léopard, puis une bête aux allures de chat sauvage.

   Les guerriers des 10° et 11° siècle, comme les soldats de l'antiquité, se reconnaissaient à leurs armes et surtout à leur bouclier, ces boucliers ayant tendance suivant les époques, à se ressembler. Il fallait les différencier par les ornements extérieurs; la tapisserie de Bayeux, exécutée à la fin du 11° siècle, montre la forme des boucliers Normands, mais ne fait ressortir aucune règle ni aucun ordre dans leur ornementation.

   La chanson de Roland (1110) et les autres chansons de geste décrivent les boucliers de leurs héros, description qui semblent indiquer la naissance des règles de l'héraldique.

   Cette description des boucliers, ces règles de l'héraldique ayant avant tout subit l'influence, pour ne pas dire  l'éblouissement de l'Orient. Les Normands, par la Sicile, avaient découvert le bouclier oblong des arabes, boucliers qu'ils portaient à Hastings, ce même bouclier que portent aussi Trente après, les Croisés et que remarque plus particulièrement la Princesse Anne Commène devant laquelle ils défilent à Constantinople, ainsi armés. Ces Croisés sont probablement émerveillés par ce monde nouveau qu'ils découvrent, les seigneurs nous apportent le goût des pierres précieuses et des couronnes, les combattants ornent leur bouclier de couleurs vives et de dessins où naturellement domine la croix, mais figurent aussi des croissants, aigles, lions, etc...

   Pour exprimer les couleurs, ils emploient des mots d'origine arabe: "gueule" pour rouge, "azur" pou bleu, "sinople" pour vert.

    Notre esprit latin impose cependant des règles à ces dessins armoriés nés sur les boucliers.

   Le 12° siècle voit se répandre dans l'Europe entière l'usage du blason.

   Ces blasons qui conservent la forme du bouclier des Normands ou des Croisés, deviennent inséparables des noms des villes, des monastères, des corporations ou des familles d'un certain rang ou d'une certaine richesse, devenant héréditaire dans ce dernier cas.

   Les premières rames connues dans l'histoire sont peut-être celles de Geoffroy Plantagenêt qui, en 1127, portait d' "azur" à six lionceaux d'or posé 3-2 et 1", ces armes conservées sur une plaque d'émail exécutée vers 1152, actuellement au Musée du Mans.

   Ces deux dates sont à citer, car très proches de celles de la première charte de la ville d'Eu de 1151, conservée dans la salle du conseil municipal, charte dont le sceau portait un lion passant et le contre-sceau, une aigle, armes respectives du Maire de la ville d'Eu.

   Comme nous l'avons vu plus haut, le lion passant devint en fait le blason de la ville et se modifia au point de devenir un léopard.

   Ce sceau, se trouvait en principe contenu dans un sachet, mais ce dernier ouvert en présence de M° Delahaye, ne contenait que des grains de cire (ne provenant peut-être même pas du sceau d'origine).

   On constata ainsi la disparition d'un sceau figurant parmi les plus anciens et les plus rares de France.

   Il existe d'autres sceaux de la ville d'Eu conservés aux Archives Nationales, l'un provenant de l'Abbaye de Jumièges daté de 1249, l'autre provenant des Archives de Paris daté de 1308.

    Ces deux sceaux comportent le lion passant et les contre-sceaux, l'aigle, mais le tout contourné, c'est à dire regardant à gauche.

     Les animaux contournés étant très rares, il faut voir là, sans aucun doute, une erreur d'un graveur et c'est donc par erreur que regarde à senestre l'aigle de la façade de notre Hôtel de Ville.

    Au musée Condé à Chantilly, la collection des bois gravé sous Louis XIV nous restitue le lion passant de gueules que d'Ozier enregistre également. Par contre, des papiers antérieurs à la révolution conservé à la mairie, nous donne un léopard.

    L'abbé Legris écrivit depuis un livre n'apportant aucun élément nouveau.

    Les armes de ville ayant été progressivement massacrés par les graveurs et les imprimeurs, il décidé" dans les années 1960, de les restaurer et de revenir simplement aux armes d'origine.

    Pour éviter toute erreur, c'est M. Louis, artiste héraldiste (auteur de la série des timbres postes aux armes des provinces Françaises), qui en fit le dessin, sous le contrôle de M. Meurgey de Tupigny, professeur d'héraldique à l'école des chartres.

    Au cours de ce minutieux travail, tous les documents connus sur nos armes furent examinés et de nombreux textes furent vérifiés, l'ensemble imposant le lion passant du 12° siècle, le même lion passant conservé au musée de Chantilly  et enregistré par d'Ozier.

    Et pour rappeler le premier sceau, il fut décidé que le blason serait tenu par l'aigle qui, en 1151, représentait la ville.

    Les armes de la ville ainsi composées se lisent de la façon suivante:

    Blason d'argent au lion passant de gueules.

    Ornement extérieur: L'écu est timbré de la couronne murale d'or à trois tours crénelées. Il est supporté par une aigle au vol abaissé d'argent.

    La croix de guerre 1939-1945 (Ordre du régiment, décision N° 11 du 11 Novembre 1948) couleurs naturelles, est suspendue à la pointe de l'écu brochant sur la queue de l'aigle.

    Ainsi se présentent las armes actuelles de la ville et si Gérard de Nerval a dit: "La connaissance du blason est la clé de l'Histoire de France", nous pouvons dire ici plus modestement, devant nos armes qui ont variés au cour des siècles, permettant ainsi de mieux fixer les dates: 

    "La connaissance des armes de la ville d'Eu est un peu la clé de notre belle cité".

 

Pierre ALLARD
Membre titulaire de la Société Française 
d'Héraldique et de Sigillographie.
 

  Texte extrait de deux conférences faites par M° Allard pour les Amys du vieil Eu, sous la présidence de M° Delahaye, en 1953 et 1954 

 

 

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