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Les Amys du Vieil Eu

Mairie de Eu

76260 EU

 

 

La Grande Mademoiselle

Duchesse de Montpensier

 

Assurément, Anne-Louise d’Orléans eut un parcours bien singulier et haut en couleurs. Appelée aux plus hautes destinées, la duchesse de Montpensier mena une vie politique très mouvementée avant de la terminer dans des péripéties dignes d’un vaudeville. 

Elle naquit à Paris le 27 mai 1627, du mariage de Gaston d’Orléans, fils du roi Henri IV et donc frère de Louis XIII, avec Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier. Elle perdit sa mère trois jours après sa naissance, perte cruelle que les biens immenses dont elle hérita ne purent compenser. Avec une si haute naissance et une si grande fortune, elle devint vite d’une vanité ridicule. A dix-sept ans, on voulut la marier à Philippe IV d’Espagne. Ce mariage n’eut pas lieu. Mademoiselle de Montpensier était âgée de vingt-deux ans quand les troubles de la Fronde éclatèrent ; elle embrassa le parti hostile à ceux qui lui avaient fait manquer son mariage. Sans entrer dans les détails de cette période si riche en rebondissements, il convient toutefois de signaler que la duchesse fit preuve d’une grande énergie et d’un sens politique étonnant en toutes circonstances, comme lorsqu’elle fit tirer le canon de la Bastille pour défendre Condé, lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine. Sa rébellion lui valut d’être exilée de la cour. 

A trente ans, réconciliée avec la famille royale, elle obtint l’autorisation de retourner à la cour.

En 1660, elle accompagna le roi pendant les négociations de son mariage avec l’infante d’Espagne ; à cette occasion, elle rencontra Lauzun, un courtisan ambitieux et sans scrupules, simple cadet de la maison de Lauzun.

A la même époque, elle acheta le comté-pairie d’Eu à Mademoiselle de Guise. 

La ville lui plut et elle s’occupa de son embellissement. Ayant trouvé le château assez délabré, la Grande Mademoiselle le fit remettre en état, le meubla et le décora. Par ailleurs, elle  donna des ordres pour enclore certaines parties de son domaine, pour réaliser le parterre actuel du château en terrasse, d’après les dessins de le Nôtre, ainsi que des plantations dans le parc. En 1664, elle fonda l’hospice Sainte-Anne, dont les bâtiments sont actuellement sont occupés par l’Hôtel des Impôts de Eu. 

En 1667, à quarante ans, la duchesse de Montpensier n’était pas heureuse. En effet, après avoir refusé d’épouser le prince de Galles, le roi du Portugal, le duc de Longueville, le frère du roi de Danemark et le duc de Savoie, elle s’éprit sérieusement de ce Lauzun, qui d’ailleurs accueillit cette aubaine avec indifférence, à tel point qu’elle voulut l’épouser ! On se souvient de la lettre éblouissante de madame de Sévigné, sous forme de devinette, traduisant la stupéfaction générale causée par l’annonce inopinée du mariage de Mlle de Montpensier, cousine de Louis XIV, un des plus beaux partis du royaume, avec un obscur cadet désargenté issu de petite noblesse : « Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus miraculeuse, la plus triomphante […] M. de Lauzun épouse au Louvre dimanche prochain, devinez qui ?[etc.] »  Louis XIV répondit à sa cousine qu’il était surpris de sa résolution et que, néanmoins, il l’aimait trop pour la gêner en rien. Mais, après réflexion, il rétracta son consentement. Pour comble de malheur, Lauzun fut détenu prisonnier pendant dix ans dans la forteresse de Pignerol. Ne pouvant obtenir du roi la délivrance de Lauzun, la Grande Mademoiselle se souvint qu’un moyen sûr de gagner Louis XIV serait d’assurer la fortune du duc du Maine. La duchesse fit donc déclarer à la favorite royale qu’elle était décidée à instituer pour héritier ce jeune prince pourvu que le roi veuille consentir au mariage de sa cousine avec Lauzun. Mais Mme de Montespan voulut qu’il fût fait un don sans condition. Aussi la duchesse de Montpensier s’exécuta et donna au duc du Maine la principauté des Dombes et le comté d’Eu. Mais Mme de Montespan avait abusé de la crédulité de la Grande Mademoiselle : jamais elle n’obtiendra la permission d’épouser Lauzun. Néanmoins certains historiens avancent que Lauzun aurait épousé la duchesse de   secrètement en 1681. Ce qui est sûr, c’est qu’il fut comblé de cadeaux à sa sortie de prison : il reçut le duché de Saint-Fargeau, la ville et la baronnie de Thiers et des rentes sur les gabelles du Languedoc. Ingrat, Lauzun se plaignit que ce fût si peu et qu’il avait eu peine à l’accepter. 

A partir de 1684, Lauzun vint quelquefois au château d’Eu où il restait le moins de temps possible en tête à tête avec la duchesse, préférant la compagnie d’accortes paysannes…

Ainsi, après bien des périodes orageuses, les rapports entre Mlle de Montpensier et Lauzun cessèrent définitivement. Dès lors, la malheureuse princesse chercha des consolations dans la bienfaisance et la piété. Par exemple, elle disposa l’ancien manoir de Briançon, à Criel, pour recevoir les orphelins et les malades du bourg. Sentant sa fin prochaine, elle refusa de revoir Lauzun et mourut à Paris le 5 avril 1693, à l’âge de soixante-cinq ans. Son corps fut porté à Saint-Denis et son cœur au Val-de-Grâce. Elle a laissé des Mémoires qui méritent lecture.

 


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